À coeur ouvert (Part I)

    Depuis plus d’un an, chaque dernier dimanche du mois, je passais la soirée sur la plage en face de l’hôtel Ibis pour faire le point sur ma vie, aussi bien personnelle que professionnelle. Je repense à tous les choix que j’ai eu à faire au cours du mois et à leurs conséquences. Et pour finir je prenais quelques résolutions pour le nouveau mois. Mais cette soirée là était un peu différente des autres. Comme à mon habitude, j’étais assise seule sur mon banc à l’écart, le regard perdu dans l’horizon. Soudain je sentis une présence à mes côtés. Je baissai la tête pour essayer de deviner qui c’était sans avoir à croiser son regard. Il portait de grands baskets alors j’en déduis que c’était un homme. Une fraction de seconde plus tard, une voix grave qui ferait peur à des enfants mais qui ferait mouiller toutes adolescentes en puberté, vint confirmer ma déduction.

 Bonsoir belle demoiselle, salua l’inconnu.

 Salut, répondis-je froidement sans lever mon regard vers lui.

 Puis-je m’asseoir près de vous ?

 Si je dis non irez-vous vous asseoir ailleurs ?

 Oh que non !

 Dans ce cas je n’ai pas d’autre choix que d’accepter votre compagnie même si elle n’est pas désirée.

– Oh ! s’exclama-t-il. Je ne pensais pas vous déranger.

– Si je suis venu m’asseoir à l’écart de tout le monde c’est pour être seule, répondis-je en espérant qu’il soit vexé et décide de partir.

– Désolé dans ma hâte j’ai oublié d’apporter mon banc, répliqua-t-il avec sarcasme. Alors pour aujourd’hui soyons seuls ensemble et la prochaine fois je ne vous dérangerai que sur demande.

    Il s’assit à ma grande déception. Je relevai la tête et recommençai à fixer mon point à l’horizon sans lui accorder un regard. J’étais de nouveau perdu dans mes pensées. Je réfléchissais à une importante décision que je devais prendre au boulot le lundi suivant. Je devais bien réfléchir car cette décision couterait l’emploi d’un innocent dans la boîte.

 Que fais une si ravissante jeune femme toute seule à regarder la mer un dimanche après-midi ?

 Je réfléchis si je dois tuer ou laisser la vie à quelqu’un.

 Si cela ne vous gêne pas je peux être d’une aide, je l’ai déjà fait une dizaine de fois. Oh désolé, j’ai oublié de me présenter. Je suis André, journaliste et animateur de l’émission Coup de cœur sur la radio BENOVILTA 94.21 Fm, vous connaissez ?

 La radio ce n’est pas trop ma tasse, répondis-je. Peut-être quand je serai désespérée et que j’aurai un peu de temps dans mon désespoir, je suivrai votre émission.

 Hum je vois. Mais laissez-moi vous dire que mon émission passe chaque jeudi de 20h30 à 22h, au cas où vous serez désespérer et que vous aurez un peu de temps dans votre désespoir. Souvent je propose une histoire de couple ou de relation amoureuse sur l’antenne pour mes auditeurs et ils appellent pour donner leurs points de vue et faire quelques dédicaces.

 J’ai une idée : ma vie amoureuse est très intéressante et je peux vous la raconter pour l’une de vos prochaines émissions si vous voulez.

 Ca me ferait plaisir, s’enthousiasma-t-il. Puis je connaitre au moins votre nom ?

    C’est à cet instant que je décidai de me retourner pour remarquer que non seulement mon mystérieux interlocuteur avait une voix sensuelle mais aussi un corps musclé et qu’il était beau comme un dieu. Le genre d’étalon qui ferait vibrer les filles au lit toute la nuit… ou pas.

 Je n’ai pas de nom, répondis-je, le visage illuminé par un sourire radieux.

 Comment ça ?

 Au fait j’ai un nom comme toute personne normale. Mais pour plus de suspens, je vous en dévoilerai une lettre à chaque fois qu’on se verra pour mon histoire.

 Vous êtes une énigme vivante et il se trouve que j’adore les énigmes. J’ai toujours mon carnet et mon stylo sur moi. Cela vous dit qu’on commence là maintenant ?

 Pas de soucis. Et juste pour info ma chanson préférée est Try Sleeping with a broken Heart d’Alicia Keys.

    Je regardai ma montre, il était 18h passé. Je me levai et me retournai vers André.

 On se verra la prochaine fois pour la suite de mon histoire.

 La suite ? On a même pas commencé, me fit-il remarquer.

– Vous plaisantez j’espère ! Je viens de vous en donner le résumé il n’y a même pas une minute. Je vous contacterai donc pour la suite, lui dis-je tout en marchant en direction de la route.

– La chanson ! s’exclama-t-il. Mais comment me contacterez-vous sans connaitre mon numéro ?

    Je me retournai et lui adressai un sourire espiègle.

– Je me débrouillerai.


By A.P.

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