Sarah, un tout petit secret (Part XI)

Une fois à la maison, Ryan écouta le récit de Flory. Il prit le numéro qu’avait laissé les ravisseurs et l’appela.  Un homme décrocha à la première sonnerie.
– Ryan ! Mon petit Ryan ! s’exclama l’homme à l’autre bout du fil.
La voix qu’il entendit le ramena quelques années plus tôt.

Sept ans plus tôt

Il venait tout juste d’obtenir son master et son père venait de décéder. Ils devaient assister à la lecture du testament le lendemain. Sa mère était partie se coucher tôt et Ryan était assis seul dans le canapé préféré de son père quand son oncle l’a rejoint.
– Ça va bonhomme ? lui demanda-t-il en s’asseyant à côté de lui.
Ryan le connaissait pour ses mauvaises fréquentations et ses affaires louches donc il restait toujours sur ses gardes avec lui même si c’était l’unique frère de son père. D’ailleurs c’était ce dernier qui lui avait appris à se méfier de lui.
– Je crois…, murmura Ryan.
– Le plus dur est passé maintenant, fit-il en lui tapotant sur l’épaule. Ton père t’aimait vraiment tu sais. Même si vous ne vous entendiez pas beaucoup tous les deux, il t’admirait et était fier de toi.
– C’est bon à savoir, répondit vaguement Ryan, le regard perdu devant lui.
– Je sais qu’il veut que tu termines tes études, alors il a mis une somme conséquente de côté pour toi. Pour que tu puisses aller à la fin de tes études. Mais ce qu’il souhaiterait le plus serait que toi et ta mère soyez à l’abri du besoin pour le restant de vos jours. Et pour ça je peux t’aider.
Ryan tourna son regard vers lui, piqué par la curiosité.
– En le multipliant chez un charlatan ? demanda-t-il d’un ton sarcastique. Non merci. Ça ne m’intéresse pas.
– Écoute fiston, je te parle d’investissement. Il te suffira d’investir cinq millions dans mes affaires et tu gagneras beaucoup plus que tout ce que ton père a pu laisser de côté pour toi.
– On parle de quelles affaires déjà ? La drogue ? Les putes ? Ou le trafic d’enfants ?
Shérif prit un air blessé.
– Je ne trempe pas dans des affaires louches fiston. Ton père t’a mis tout ça dans la tête tout juste parce que je refusais de lui parler de mes affaires. Ton père m’a toujours envié parce que quoi que j’entreprenne, ça marchait toujours. Je suis dans l’import export. J’achète des conteneurs de n’importe quelle marchandise que je revends ensuite en détails et ça rapporte gros. Je peux gagner jusqu’à vingt millions sur un seul conteneur. Mais j’ai eu quelques petits soucis récemment et ça a été mauvais pour mes affaires. Mais grâce à tes cinq millions je vais tout relancer et d’ici un mois tu en gagneras le double et dans six mois tu seras plus riche que ton père ne l’a été.
– Ça ne m’intéresse pas, je n’investirai pas dans ton business. L’argent que m’a laissé mon père servira à entretenir la maison et rien d’autre de plus.
Shérif n’alla pas plus loin et se leva. Il balaya le salon du regard et sortit.
Depuis cette fameuse nuit, Ryan ne revit pas son oncle.

– Tonton Shérif ?
Shérif gloussa à l’autre bout du fil.
– C’est dans ce genre de situation que je me rends compte à quel point le monde est petit, dit-il d’un ton amusée.
– Qu’est-ce que tu me veux ? Pourquoi tu t’en prends à me femme ?
– Voyons-nous pour parler de tout ça tu veux ? Viens à mon hôtel et surtout viens seul !
Sur ce-il raccrocha.
– Alors il a dit quoi ? s’enquit Flory avec impatience.
Ryan ignora la question.
– Qu’est-ce qu’il te veut ? demanda Sam à son tour.
– Que je vienne à son hôtel, répondit Ryan. Passe-moi tes clés ! Ne la laisse pas seule s’il te plait.
Il prit les clés de son meilleur ami et sortit de la maison.
– Sois prudent Ryan, lança Flory dans son dos.
Il prit le boulevard Houphouët-Boigny en direction d’Akodessewa. Il prit ensuite la route vers Attiegou et s’arrêta devant l’hôtel La Référence. Il gara sa voiture sur le parking et sortit. Il se rendit à la réception.
– Bonjour monsieur que puis-je pour vous ? lui demanda la réceptionniste.
– Je viens voir monsieur Shérif, répondit Ryan.
– Vous avez un rendez-vous ?
– Dites-lui que c’est Ryan.
La jeune femme prit le téléphone et appela la suite de Shérif. Celui-ci lui demanda de laisser Ryan le rejoindre.
– Je sais où c’est, répliqua Ryan sans attendre que la réceptionniste lui indique le chemin.
En montant les marches menant à la suite de Shérif, il eut la présence d’esprit de mettre en marche l’enregistreur de son téléphone. Il toqua à la porte et un des gardes du corps de Shérif vint lui ouvrir.
– Bonsoir tonton, salua-t-il.
– Ryan ! s’exclama Shérif en souriant jusqu’aux oreilles
Il lui fit signe de s’asseoir.
– Sers-lui quelque chose, dit-il à son garde du corps.
– Je ne suis pas là pour ça, répliqua-t-il. Pourquoi tu t’en prends à ma femme ?
– Laisse-moi te rafraichir un peu la mémoire, il y a sept ans tu as refusé de m’aider à relever mon business alors que j’étais au bord de la faillite. Dieu aidant, j’ai pu le faire tout seul. J’ai décidé de ne pas t’en tenir rigueur parce que tu es de la famille et que moi aussi j’ai déjà été jeune et stupide comme toi à l’époque. Et ce matin qu’est-ce que j’apprends ? Que toi Ryan Johnson tu as mes dix millions. Tu sais, j’épargne toujours ma famille mais quand cette même famille essaie de nuire à mes affaires alors je suis impitoyable.
– Attends tu parles de quel dix millions ? s’enquit Ryan.
– Je parle des dix millions que tu dois à Chris, répondit-il tout simplement.
– Quoi ?! s’exclama Ryan. Ecoute, Chris à essayer de me soutirer de l’argent en me faisant chanter parce que j’avais un fils illégitime. Il menaçait de tout révéler à ma femme si je ne le paie pas. Après j’ai tout avoué à ma femme. Et il a kidnappé le petit et me disait je devais lui payer dix millions pour le récupérer. Avant même que j’ai pu rassembler la somme, la police l’a arrêté. Alors je ne vois ne pas quel dix millions je lui dois. Tout ceci n’est qu’un gros malentendu.
– Ecoute j’ai mieux à faire que de t’écouter me raconter ta vie. Et puis de toute façon j’ai déjà ta femme donc soit tu coopères, soit tu t’en vas.
Ryan analysa rapidement la situation, s’il ne cédait pas il ne reverrait plus sa femme et ça il n’en était pas question.
– Bon je vais te les donner tes dix millions mais je veux une garantie que ma femme est saine et sauve.
– Je n’ai pas le temps pour ça, tu es obligé de me croire sur parole. Et puis je n’ai pas besoin de ces dix malheureux millions. Ce n’est plus une question d’argent !
– Il est question de quoi alors ?
– J’ai cru comprendre que tu importes des matériaux de construction d’Europe et d’Asie, commença Shérif. Et que ta prochaine cargaison arrive dans un mois…
Ryan le regarda, incrédule.
– Et alors ?
– J’ai besoin que tu transportes quelque chose pour moi dans ta prochaine cargaison, dit-il en s’adossant à son fauteuil.
– Il n’est pas question que je mette de la cocaïne dans mes conteneurs, objecta Ryan.
– Ne sois pas stupide ! Si la cocaïne se transportait aussi facilement je n’aurai pas besoin de toi ! Je veux que tu transportes du borax et une machine pour moi, rien d’illégal.
– Et qu’est-ce qui me garantit qu’une fois ton borax et ta machine chargés à bord de mes conteneurs, ma femme sera saine et sauve ?
– Ryan ! Il te suffit de passer un seul coup de fil, ici et maintenant et tu pourras ramener ta femme avec toi à la maison !
Il sortit son téléphone de sa poche et lui montra une vidéo de Sarah. Elle était assise sur un vieux canapé tout usé et avait la mine fatiguée et elle ne montrait aucun signe de maltraitance. La vidéo avait été tournée de près pour qu’on ne puisse pas distinguer la pièce.
– Regarde, dit-il, ta femme est traitée comme une reine.
Ryan sortit son propre téléphone et appela la société qui s’occupe de l’acheminement de ses commandes de l’Europe vers le Togo. Il leur expliqua qu’il voulait ajouter quelque chose à sa prochaine cargaison et qu’ils recevront les choses à ajouter dans les prochaines 24h. Il raccrocha ensuite et se tourna vers son oncle.
– Appelle ton contact, lui dit-il.
Shérif appela son contact pour lui dire où emmener les produits. Quelques minutes après ce dernier rappela pour confirmer la livraison.
– Emmenons mon cher neveu voir sa femme adorée, dit Shérif à ses hommes en se levant.
Ils descendirent de la suite et sortirent de l’hôtel devant lequel deux Toyota Camry garées. Les chauffeurs, deux hommes aussi baraqués que les gardes du corps étaient en grande discussion. Dès qu’ils virent leur patron, les deux hommes se séparèrent et chacun prit le volant d’une des voitures. Un des gardes du corps ouvrit la portière et Ryan s’assit entouré de deux gardes. Shérif quant à lui, s’installa seul dans l’autre voiture. Les deux voitures démarrèrent et reprirent la route vers Akodessewa. Un autre homme suivit le convoi au volant de la voiture qu’avait amené Ryan.
Ce dernier se trouvant dans le véhicule à la tête du convoi s’éclaircit la voix.
– Les gars vous savez qui je suis ? demanda-t-il aux hommes de Shérif.
– Tu es le gars qui pleurniche parce qu’on a pris sa femme, répondit celui à gauche de Ryan, provocant le fou rire de ses camarades.
– Certes, répondit Ryan d’un ton serein. Mais je suis sûr que vous quatre ici présents avez des personnes à qui vous tenez énormément et pour qui vous ferez tout. Votre patron va bientôt se faire coincer et vu la façon dont vous êtes habillés il vous paie quoi ? Cent mille ? Deux cent ?
– Cent cinquante, répondit le gars au volant.
– Cent cinquante ? reprit Ryan, feignant la surprise. Et pourtant c’est vous qui faites tout le sale boulot et quand il sera coincé – ce qui est imminent – vous irez avec lui et pour des peines peut-être plus lourde que la tienne. Alors je vous repose la question : vous savez qui je suis ?
Tous les quatre se regardèrent entre eux et secouèrent la tête.
– Je suis le gars qui sauve sa femme et qui offre cinq millions à chacun de vous pour vous sauver vous aussi, répondit-il calmement. Mais je veux que vous neutralisiez vos camarades et me livriez Shérif d’abord. Vous avez jusqu’à notre arrivée à destination pour vous décider.
Il se tut laissant les gars se consulter du regard.
– Moi je suis partant, lança le chauffeur sans hésiter. Je n’ai jamais pensé devenir l’homme de main de quelqu’un. Tout ce que je voulais c’était un boulot pour subvenir aux besoins de ma famille. J’ai mon master en marketing et pourtant je suis le chauffeur d’un illettré.
Les trois autres s’esclaffèrent.
– Je crois qu’on est tous partant, dit celui à gauche de Ryan. Aucun de nous n’aime ce boulot. Et tu peux compter sur nous pour sortir toi et ta femme de ce merdier.
Les deux autres opinèrent du chef, pour approuver ce qu’avaient dit leurs camarades.
Le convoi prit la route menant au port puis une fois arrivé au rond-point du port prit à droite.
Foyer des marins.
Le restaurant libanais.
Horizon Ivato.
Hôtel Sarakawa.
Ecobank, Ryan regardait défiler les immeubles sans vraiment les voir. Une fois l’Ecobank dépassé, ils prirent la petite ruelle après la banque et tournèrent à gauche. Quelques cent mètres plus loin, ils s’arrêtèrent devant un grand magasin.
– N’intervenez que quand vous nous sentirez en danger, ordonna Ryan. Il faut qu’ils ne se doutent de rien jusqu’à la dernière minute.
Les quatre hommes acquiescèrent avant de descendre du véhicule. Deux entourèrent Ryan, pendant que les deux autres fermaient la marche. Shérif descendit à son tour, suivi de ses deux autres gars. Il fit signe à ses hommes d’ouvrir l’entrepôt. Ces derniers s’exécutèrent.
– Après toi fiston, dit Shérif d’une voix bienveillante.

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