– Parce qu’elle t’a fait pleurer hier et personne n’a le droit de faire pleurer ma femme. Même moi je n’en ai pas le droit !
– Oh chéri c’est tellement mignon ! Mais ne t’inquiète pas. Ce n’est pas de sa faute, c’est moi qui suis fragile. Tu n’as pas à t’en prendre à elle pour ça d’accord ?
– Hum d’accord !
    Il se leva et serra sa femme dans ses bras.
– Mais je ne veux pas que tu lui dises nos problèmes de couple ou quoi que ce soit qui nous concerne tous les deux, reprit-il.
– Mais pourquoi ? s’enquit Sarah, ne comprenant pas l’attitude de son mari.
– Je ne lui fais plus confiance, elle n’a plus rien de la Flory que j’ai connu. Et ses fréquentations ne me disent rien qui vaille. Donc je préfère te savoir loin d’elle.
– Mais elle est la seule amie que j’ai Ryan ! se plaignit sa femme.
– La seule amie que tu as choisi d’avoir mais tu le sais aussi bien que moi qu’elle n’a plus rien de la petite fille que tu as connu quand tu étais gosse, toute cette aide que tu lui as apporté et regarde ce qu’elle est devenue ? Demande lui de te présenter son petit ami tu verras de quoi je te parle. Je ne te demande pas de ne plus jamais lui parler mais de garder tes distances et d’être prudente quand tu es avec elle.
– D’accord chéri, je ferai comme tu as dit. Et puis je t’ai toi et tu me suffis largement, concéda-t-elle en passant ses bras autour de sa taille. Mais aujourd’hui j’ai besoin d’un fond de teint et elle est la meilleure dans ce domaine c’est pour ça que je lui ai demandée de m’accompagner. Alors à moins que tu ne t’y connaisses en maquillage il faut que j’y aille. Je t’ai fait à manger c’est à la cuisine. Je reviens d’ici une heure.
   Il embrassa rapidement son mari et reprit son sac à main.
– D’accord sois prudente chérie !
   Elle descendit les marches par quatre et rejoignit Flory qui l’attendait au salon.
– Tu as pu calmé ton bulldog ? demanda Flory avec la même insolence que quand elle s’était adressée à Ryan.
– Ne traite plus jamais mon mari de bulldog, répliqua Sarah en détachant chaque mot. Tu m’as bien comprise ?
– Hum !
– Maintenant sors de chez moi !
– Calme-toi Sarah, je sais que ces derniers temps je n’ai pas été l’amie que je suis censé être pour toi et je m’en rend bien compte mais ce n’est pas une raison pour me chasser de chez toi. Ces derniers temps n’ont pas du tout été facile pour moi mais j’essayais de garder la tête hors de l’eau.
    Elle éclata en sanglots et se leva, son sac à la main.
– Attends de quoi parles-tu ? s’enquit Sarah, perplexe.
– Ça n’a plus d’importance, répondit Flory en se dirigeant vers la porte.
– Non attends ! s’écria son amie en la retenant par le bras.
   Elle la serra dans ses bras et elle pleura de plus belle. Quand elle se calma un peu, elle la fit s’asseoir et lui apporta un verre d’eau. Elle prit le verre mais ne la but pas.
– Tu te souviens de Chris ?
– Ton copain que tu n’as jamais voulu me présenter ?
– Oui ! Au début j’étais vraiment amoureuse de lui. Il était juste parfait. Attentionné, toujours là quand j’ai besoin de lui puis après deux mois il s’est mis à me demander de petits services. De petites sommes d’argent par ci, des objets par là mais tout ça c’était pas grand chose et puis comment je peux refuser ces choses au mec qui me rend si heureuse ? Puis un soir j’étais allée le voir. Il était avec ses « amis ». Il sait que la plupart de mes amis sont riches alors il m’a dit que si chaque mois je ne lui rapporte pas au moins 100.000 FCFA, mon corps en subira les séquelles. Au début je ne l’avais pas pris au sérieux parce que je croyais qu’il était simplement défoncé et voilà ce que ça a donné.
   Elle retira sa robe pour montrer les brûlures et blessures, que lui a infligée Chris, à sa meilleure amie. Ryan qui venait d’arriver au salon découvrit les cicatrices en même temps que sa femme.
– Il se passe quoi ici ? Qui t’a fait tout ça ?
– C’est…c’est moi-même, bredouilla-t-elle en s’empressant de remettre sa robe.
– C’est son petit ami Ryan ! Il la prend pour une banque et lui demande de lui ramener au moins 100.000 FCFA par mois sinon elle en paie le prix fort.
– C’est vrai Flory ?
– Oubliez cette histoire, je m’en chargerai moi-même. Je trouverai un moyen de m’en sortir.
– Laisse-moi t’aider Flory, proposa Ryan. Un seul coup de fil et il croupira en prison pour très longtemps.
– Non Ryan ! s’écria-t-elle, effrayée. Ne fais rien s’il te plait ! Je t’en supplie.
– Mais pourquoi ? s’étonna Sarah, ne comprenant rien à l’attitude de son amie.
– Il pourrait me tuer s’il sait que c’est par ma faute qu’on le met en prison, répondit-elle les yeux dans le vide, le visage baigné de larmes.
– Mais il ne pourra plus rien te faire s’il va en prison, la rassura sa meilleure amie.
– Il a sûrement des complices et ils iront en prison eux aussi.
    Elle eu un petit rire amère.
– Écoutez je suis la seule qui puisse me sortir de ses griffes. Tout ce que vous ferez pour me « sauver » se retournera contre moi. C’est moi qui en paiera les conséquences alors laissez-moi gérer ça à ma manière. Je vous promets que ça ira mais ne faites rien s’il vous plait…
   Sa voix se brisa et elle se remit à pleurer. Sarah la prit dans ses bras pour la consoler.
– Calme toi chérie, lui murmura-t-elle en lui frictionnant le dos. Tout ira pour le mieux tu verras.
– Et le comble de l’ironie c’est que je l’aime toujours autant…
   Une sonnerie de téléphone rompit le silence.
– Quand on parle du loup…
   Elle décrocha l’appel.
– Allô chéri ?
– Tu es où ? tonna Chris à l’autre bout du fil.
– Chez Sarah, je l’accompagne faire des courses.
   Il raccrocha sans un mot de plus.
– Il voulait quoi ? s’enquit Ryan.
– Savoir où je suis, répondit-elle le regard toujours dans le vide.
   Elle se souvint de cette fois où il l’avait appelée alors qu’elle était chez son ex. Il avait raccroché et cinq minutes après il sonnait au portail de chez lui avec sa clique derrière. Alassane, son ex avait fini à l’hôpital avec une jambe cassée et de graves blessures. Quant à elle, elle a du porter des lunettes de soleil pendant deux semaines pour cacher son œil beurre noir.
    Elle refoula ces souvenirs et se ressaisit. En une fraction de seconde, la fille fragile et effrayée qui pleurait laissa la place à la femme forte qui avançait malgré tout.
– On y va Sarah, ce fond de teint ne va pas se chercher tout seul ! déclara-t-elle en prenant son sac à main.
    Une fois dans la voiture, Flory sortit son téléphone pour envoyer un texto.

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    Les deux semaines de répit que s’est accordé Ryan pour prendre soin de son couple passa rapidement sans qu’il s’en rende compte. Pendant ces quelques jours, il avait enchaîné les sorties avec sa femme, lui faisant l’amour dans les endroits les plus insolites, allant de la cabine d’essayage aux toilettes de restaurant en passant par le cinéma ou encore les rues désertes. Mais Ryan ne pouvant pas laisser ses affaires plus longtemps, demanda à Sam de venir à la salle de gym avec lui le samedi précédent sa reprise, histoire de le tenir au courant du déroulement des affaires.
– Tu as parlé à Sarah ? demanda Samuel après avoir fait un résumé de ce qui se passe au bureau pendant les deux semaines d’absence de son meilleur ami et associé.
  Ryan s’adossa à sa chaise.
– Ces quelques jours passés avec elle, ont été les meilleurs depuis que nous nous sommes mariés, répondit-il après un court moment de silence. Je ne pouvais pas me permettre de les gâcher, pour rien au monde.
– La déception risque d’être plus grande quand elle l’apprendra. Je te l’ai déjà dit, le reprit Sam.
– Bon je lui dirai dès que je rentre à la maison, en espérant qu’elle comprenne.
– Elle sera choquée mais elle comprendra si tu choisis bien tes mots, le rassura Samuel.
– Tu as sûrement raison…
– Bon je te laisse je vois Marie dans quelques minutes, dit-il en se levant.
– C’est la nouvelle ? demanda Ryan en se levant à son tour.
– Celle-ci c’est la bonne, je le sens.
– C’est ce que tu dis à chaque fois, lui fit remarquer Ryan.
   Il rit de bon coeur.
– Mais cette fois c’est différent parce que avec elle j’arrive à imaginer une vie à deux, elle me fait réfléchir, elle me donne envie d’avoir des enfants…
– Alors fais tout pour la garder frère, le sermonna Ryan.
   Samuel fit fi du sermon de son ami. Il sortit de la salle de gym pour démarrer sa voiture comme s’il avait le diable à ses trousses.
   Ryan quitta le Vital Club et rentra chez lui, préparant le discours dans lequel il expliquerait à sa femme les circonstances de la venue au monde de Bryan.
   Il gara sa voiture puis sortit du garage, se repassa le petit discours qu’il avait trouvé. Il prit une profonde inspiration et poussa la porte d’entrée. Il alla directement à la cuisine, s’attendant à trouver sa femme s’affairer pour lui concocter un truc à manger mais à sa grande surprise, elle était vide. Il monta les marches par quatre.
– Chérie ? appela-t-il, en entrant dans le couloir qui mène à leur chambre.
   Il n’y eut pas de réponse. Il entra dans la chambre mais elle aussi était vide. Il ouvrit la salle de bain et la retrouva assise en larmes sur la cuvette des toilettes, un test de grossesse à la main.
    Ryan s’approcha doucement et s’agenouilla devant sa femme. Il lui prit le test et la serra très fort dans ses bras.
– On réessaiera chérie, la consola-t-il. On le fera ce bébé d’accord ?
    Dans une tendresse infinie, il essuya les larmes de sa femme et la ramena dans la chambre.

Paul Bernard AMGL