Sarah, un tout petit secret (Part III)

– Rejoins-moi à l’endroit habituel, répondit Chris d’un ton surexcité. J’ai des nouvelles qui vont te ravir.
– Je serai là dans dix minutes maximum, reprit
   Elle héla un taxi-moto.
– Je vais à la frontière au niveau de la grille, dit-elle au conducteur.
  Elle monta sans attendre le consentement de ce dernier. Le zemidjan la conduisit jusqu’au dernier lampadaire de la frontière et coupa le moteur.
– Désolé mais je ne vais pas plus loin, dit-il en posant pieds à terre.
– Vous les zemidjan et votre paranoïa, la réprima-t-elle.
– Affaires d’insécurité à Lomé ce n’est plus de la paranoïa madame, si ça se trouve tu es l’une des leurs mais vous n’aurez pas ma moto.
– Tiens tes modiques cinq-cents et dégage avec ce tas de ferrailles qui te sert de moto, répliqua-t-elle, piquée à vive.
– Il y a un problème chérie ? demanda une voix d’homme derrière eux.
   Chris sortit de la pénombre un joint à la main.
– Il se trouve que ce monsieur vient de me traiter de complice de malfrats, répondit-elle en se tournant vers son petit ami.
   Chris s’approcha du zemidjan son joint à la main.
– Tu es vraiment culottée pour avoir osé traiter ma copine de malfrat, commença-t-il doucement. Non mais tu sais où tu es ? Tu sais qui je suis ?
   Le conducteur de taxi moto se mit à marmonner des incantations. Flory prit peur et recula mais Chris partit d’un fou rire.
– C’est sur tes gri-gris que tu comptais en insultant ma petite amie ? s’enquit-il en empoignant le col de sa chemise d’une main. Ce que toi tu paies pour avoir nous on l’a inné.
    Il éteignit son joint sur le front du gars qui cria de douleur, mais ne fit rien pour le retenir.
– Je n’oublie jamais un visage et je te retrouverai un jour, s’écria-t-il la voix tremblante de rage.
– Ton culot n’a pas de limite à ce que je vois, répondit Chris.
   Il poussa une sorte de hululement et deux autres gars sortirent du noir.
– Occupez-vous de ce gars qui se prend pour le président de la République. Viens Flory !
   Chris s’éloigna, sa petite amie sur les talons.
– Qu’est-ce qu’ils vont lui faire Chris ?
– Juste lui prendre son argent rien de plus, répondit-il d’un air faussement décontracté.
– Tes gars n’ont jamais fait que prendre de l’argent on le sait bien tous les deux, rétorqua Flory en haussant.
– Je les ai « disciplinés », répondit-il en détachant les mots. Bref où est le fric ?
   Flory ne se fit pas prier et sortit l’enveloppe que lui avait donnée son amie une demi-heure plus tôt. Chris la prit et l’ouvrit. Il sortit les billets et respira leur parfum.
– Tu fais quoi de tout l’argent que je t’apporte franchement ? demanda sa petite amie, lasse.
    Son regard croisa le regard de félin de Chris et elle frissonna de la tête aux pieds.
– Tu…tu as dit au téléphone que tu avais une bonne nouvelle à m’annoncer, balbutia-t-elle pour changer de sujet.
   Chris sortit son smartphone le fouilla un moment et le lui tendit.
– Tiens ! Défile vers la gauche, ordonna-t-il.
– C’est Ryan ! s’exclama Flory en voyant les photos.
   Sur la première photo le mari de sa meilleure amie, en tenue décontractée – short et tee-shirt – tenait la main d’un petit garçon d’environ cinq ans et une femme d’à peu près 25 ans les regardait tendrement. Sur la deuxième il s’amusait avec le petit dans un parc pour enfants toujours dans les mêmes tenues. La troisième était un peu floue mais on pouvait y voir Ryan se faire embrasser par la femme.
– Quand as-tu pris ces photos ? demanda enfin Flory.
– Ça n’a pas d’importance, le plus important c’est qu’il les voit, répliqua-t-il. Envoie les lui et ensuite fixe un rendez-vous sur demain 9h.
   Flory transféra les photos sur son propre téléphone.
– Tu comptes faire quoi après ?
– Lui faire connaître le prix de notre silence. Envoie lui ça maintenant ! ordonna-t-il en rangeant son téléphone dans la poche de son jean.
   Flory obtempéra mais comme elle l’avait deviné Ryan devrait être occupé.
– Voilà c’est fait, annonça-t-elle. Dès qu’il les verra, il va s’empresser de répondre.
– Et je me ferai une joie de lire sa réponse, mais pour le moment viens là que je m’occupe de toi.
   Il l’emmena dans son taudis. Au début de leur relation Flory avait proposé à Chris d’emménager avec elle et de quitter ce taudis mais ce dernier tenait à son petit studio parce que de là, il pouvait contrôler son grand réseau commerce de drogue sans que la police vienne y mettre son nez. Les policiers qui gardaient la frontière acceptaient de regarder ailleurs tant qu’il leur versait des « taxes » régulières. Chaque nouveau policier affecté à la frontière lui était présenté et lui obéissait au doigt. Ceux qui ont eu la maladresse de refuser de se plier se sont retrouvés soit au chômage ou soit inapte à continuer le service.
   Flory posa son sac sur la table et s’assit sur le canapé. Il alla cacher son argent et revint s’asseoir près de sa partenaire sur le lit. Il ralluma son joint et le lui passa. La trouvant assez défoncée, Chris lui retira le joint et l’éteignit. Elle approcha lentement sa tête et commença à l’embrasser. Elle glissa sa main dans son pantalon et se mit à malaxer doucement l’anaconda qui s’y cachait. Sentant la bête se réveiller, elle la libera de l’emprise du pantalon qui la retenait. Elle lui fit quelques branlettes et la prit dans la bouche jusqu’à la gorge. Chris croisa ses mains derrière la tête et ferma les yeux, la laissant s’occuper de lui comme elle savait si bien le faire.

Le lendemain 7h13

  Sarah ouvrit les yeux regarda son téléphone. Elle sortit du lit et se dirigea vers la douche. Elle prit une douche rapide et sortit dans une robe légère pour aller préparer le petit déjeuner pour son mari. Ce dernier après sa douche sortit pour s’habiller mais le rappel de notifications qu’il avait installé sur son téléphone retentit. Une serviette autour de la taille, il prit son téléphone et découvrit avec stupeur les photos de lui et sa famille illégitime. Il s’empressa de répondre au message de Flory.

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Paul Bernard AMGL

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