– Veuillez vous asseoir M. et Mme Johnson, leur dit le psy en désignant le fauteuil de velours noir en face de lui.
   Ils obtempérèrent. Chacun s’assit à l’extrémité du fauteuil pour éviter tout contact avec son prochain. Le docteur Malek les observa un moment et sourit.
– Comment allez-vous ?
– Rien ne va du tout ! explosa Mme Johnson, folle de rage.
– Sarah, calme-toi et baisse d’un ton s’il te plait ! tenta son mari en posant la main sur la cuisse de sa femme.
   Celle-ci ferma les yeux comme pour savourer ce petit moment d’attention mais se révolta aussitôt.
– Ne me touche surtout pas si c’est pour me laisser après ou je te mords ! le prévint-elle.
– Mme Johnson calmez-vous et dites-moi exactement ce qui ne va pas, intervint le docteur d’une voix calme.
– Tout va bien docteur à part le fait que ça fait trois mois que mon mari ne m’a pas touché, répondit-elle d’un ton sarcastique.
   Elle se tourna vers son mari et la colère qui pétillait dans ses yeux quelques secondes plus tôt se transforma en désespoir.
– Je veux que tu me fasses l’amour chéri, ça fait des mois que je me retiens mais là je ne peux plus tenir. Ne me pousse pas à commettre l’irréparable s’il te plait !
    Pour toute réponse il sortit son téléphone portable qui n’arrêtait pas de sonner.
– Vanessa, reporte tous mes rendez-vous des deux prochaines semaines s’il te plait. Mets les plus importants sur le compte de Samuel.
   La secrétaire surprise par cette décision si soudaine de son patron, qui ne se donnait jamais de répit, crut ne pas bien avoir entendu.
– Pardon monsieur ?
– Pendant les deux prochaines semaines je ne serai pas là, s’il y a des papiers à signer envoie les chez moi ou fais les signer par Samuel mais sinon annule tous mes rendez-vous des deux prochaines semaines, expliqua le jeune patron.
– Mais monsieur et l’entrevue avec le directeur de l’hôtel Ibis ?
– Je l’appellerai personnellement, répondit-il.
– Mais…
– Vanessa je t’ai dit d’annuler mes rendez-vous !
   Il raccrocha et se tourna vers sa femme. Un désir félin pétillait dans ses yeux. Il lui fit un clin d’œil et se leva.
– Merci beaucoup pour votre aide docteur mais je ne crois pas que ce soit de thérapie de couple dont on ait besoin tous les deux. Je vous enverrai un chèque.
   Il tendit la main à sa femme.
– Viens chérie !
   Elle prit la main de son mari et se leva. Ils sortirent tous les deux du bureau du docteur Malek et il appela l’ascenseur en appuyant sur un bouton. Quelque seconde plus tard celui-ci s’ouvrit dans un léger ‹‹Ding››. Ils entrèrent tous les deux dans la cabine. Il regarda de nouveau sa femme et appuya sur le bouton du rez-de-chaussée. Dès que l’ascenseur entama sa descente, il pressa sur le bouton d’arrêt. Sa femme, surprise, vacilla quand la cabine s’immobilisa dans un bruit sourd.
     Le temps de se retourner vers son mari pour lui demander ce qu’il faisait, ce dernier l’avait déjà plaquée contre une des cloisons de la cabine et commençait à l’embrasser d’un baiser violent et possessif, à lui couper le souffle.
    Il la lâcha, mais sans lui laisser le temps de reprendre son souffle, il souleva sa jupe porte feuille couleur crayon.
– Ryan…, chuchota-t-elle, prise au dépourvu.
   Il ouvrit sa braguette et sortit sa verge déjà tendue. Il écarta la petite culotte en dentelle blanc et s’introduisit en elle sans crier garde. Sarah poussa un petit cri de surprise et dut s’agripper à la barre d’appui de la cabine pour ne pas perdre l’équilibre. Il posa sa main gauche dans son dos, sa droite sur sa hanche et commença à lui assaillir des coups de hanche réguliers. Sarah se mit à gémir en s’aggripant plus fermement à la barre d’appui. Elle jeta un coup d’œil dans le miroir en face d’eux, elle sourit légèrement. Elle se rappela leur première fois ensemble.
    C’était quatre ans plus tôt dans cet hôtel de Cocody où ils avaient pris une chambre. Il lui avait promis de gagner beaucoup d’argent et de lui offrir une nuit de noce digne de leur amour mais depuis le gain d’argent à primer sur cet amour. Ryan était toujours entre deux avions et ne rentrait que quelques jours pour s’enfermer dans son bureau. N’ayant pas encore d’enfants, elle se sentait seule pendant que son mari parcourait le monde. Désespérée et ne sachant que faire elle avait demandé conseil à ses amies qui lui conseillèrent d’aller voir un marabout. Mais en chrétienne fervente, Sarah avait décliné leur suggestion et avait décidé de s’en remettre à son Dieu. Elle alla en parler au prêtre qui avait célébré leur mariage et ce dernier lui recommanda quelques prières et surtout ce psychologue réputé pour résoudre les problèmes de ménages.
   Elle le regarda avec ce regard qu’il connaissait bien. Ce regard qui disait tout quant à sa satisfaction. Elle se redressa pour l’embrasser pendant qu’il était toujours en elle. Il reprit sa besogne de plus en plus fort. Quelques secondes plus tard, il arrêta tout aussi brusquement qu’il avait commencé. II rangea son organe et réajusta la jupe de sa femme. Celle-ci lui jeta un regard interrogateur, ne comprenant pas pourquoi il arrête tout, aussi brusquement.
    Il pressa de nouveau le bouton du rez de chaussée et attendit que l’ascenseur reprit sa descente. Sarah s’était redressée mais elle était toujours sous le choc de l’assaut de son mari. Les mains tremblantes d’excitation, elle remit de l’ordre dans ses braids, lissa sa jupe et attendit que l’ascenseur finisse sa descente. Sans un mot ils sortirent de la cabine. Ils déboulèrent sur le trottoir où était garée leur voiture. Ryan, après avoir installé sa femme, s’installa à son tour au volant et mit la voiture en marche. Ils roulèrent silencieusement vers la maison. Il s’arrêta à un feu tricolore.
    Sarah brisa enfin ce silence qui devenait pesant après l’incident de l’ascenseur qui l’avait laissée sur sa faim.
– Je veux un bébé, annonça-t-elle de but en blanc.

Paul Bernard AMGL