Plan X 2.0 (Part XIV) (Fin)

Sept mois plus tard
Aéroport Gnassingbé Eyadema

– J’ai un joint dans mon sac, chuchota Alexia à sa jumelle en entrouvrant son sac à main pour lui montrer.
– Quoi ? ! s’écria sa soeur.
   Quelques personnes sursautèrent autour d’elles et elle se ravisa.
– Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? la réprimanda-t-elle.
– J’avais prévu de la fumer dans les toilettes pour pouvoir dormir dans l’avion, répondit-elle.
– Et les somnifères tu connais ? Ce sont ces petites pilules souvent blanches qui aident à dormir sans délirer avant.
– Mouais, maugréa-t-elle. Mais c’est pas aussi drôle.
– La prison ça doit être encore plus drôle, répliqua Alexine avec un sourire ironique. Et puis ce n’est que 3 à 4h de vol.
    Leurs parents qui attendaient qu’elles soient dans le hall avant de rentrer, remarquèrent qu’elles s’étaient arrêtées et semblaient se disputer.
– On ne peut pas les laisser seules deux secondes, soupira Johanna. Je me demande comment elles vont faire sans quelqu’un pour les départager. Je vais voir ce qu’il y a.
   Elle s’approcha de ses filles.
– Qu’est-ce qui ne va pas mes chéries ? demanda-t-elle.
– Demande à ta fille, répondit Alexine en croisant les bras.
– Alexia c’est quoi le soucis ? lui demanda sa mère.
– Il n’y en a pas maman !
– Très bien ! Souvenez-vous bien de ce que je vous ai. Vous êtes les seules familles que vous aurez dans ce pays alors veillez l’une sur l’autre.
  Elles acquiescèrent. Leur mère les embrassa l’une après l’autre et retourna vers son mari. Alexine attendit que ses parents soient partis pour s’attaquer au sac de sa sœur. Elle l’ouvrit sans lui poser de question et en sortit le joint. Elle retourna ensuite vers les égouts pour s’en débarrasser quand soudain une Toyota V8 vint se garer juste devant elle. Dans son sursaut, elle laissa tomber le joint mais se pressa de le ramasser avant que le passager de la Toyota ne descende. Contre toute attente, elle se retrouva nez à nez avec Joël.
   Elle le détailla d’un air méprisant et remarqua une cicatrice qu’avait laissé des points de suture sur sa pommette.
– Eh bien je vois que tu t’es bien remis ton « accident », ricana Alexia derrière sa soeur.
– Tu sais ce qui lui est arrivé ? s’enquit Marcelle, la mère de Joël qui venait de surgir de derrière la voiture garée.
– Il est tombé par « accident » sur la clé de notre voiture, répondit Alexia avec un sourire moqueur.
    Joël, toujours accablé par sa culpabilité baissa la tête comme un petit garçon en train de se faire gronder.
– Bonsoir madame, salua poliment Alexine.
– Bonsoir comment ça va Alexia ?
– C’est elle Alexia, répondit Alexine en pointant sa soeur du doigt.
– D’accord ! Est-ce que l’une de vous deux sait vraiment ce qui est arriver à sa pommette ?
– Pas vraiment, s’empressa de répondre Alexia. À nous aussi il n’a pas voulu dire ce qui lui est arrivé.
– Pauvre Joël, geignit-elle en l’étreignant soudainement.
    Joël se laissa faire, profitant de ce moment de soudaine attention. Mais Alexine le relâcha aussitôt.
– On ferait mieux d’y aller, décréta Alexia ne comprenant rien à l’attitude de sa soeur.
– Contente de t’avoir revu Joël !
   Elle s’éloigna à grands pas, sa soeur sur les talons.
– Tu l’aimes toujours ?
– Mais NON ! s’écria-t-elle.
– Pourquoi tu l’as embrassé alors ?
– Suis-moi tu comprendras ! répondit-elle.

                                     *

   Albert déverrouilla son téléphone et se connecta au Wi-Fi de l’aéroport. Il ouvrit Skype et appela sa petite amie. Il lui signala qu’il était déjà à l’aéroport et qu’il le rejoindrai dans quelques heures. Elle promit à son tour de l’attendre à l’aéroport Charles de Gaule.

                                     *

– Monsieur l’agent, ce jeune homme qui s’approche cache de la marijuana dans l’une des poches de sa chemise, dit Alexine à l’officier de la douane qui se tenait devant elle.
– Êtes-vous sûre de ce que vous avancez mademoiselle ? demanda l’officier en posant la main sur la crosse de son arme de service.
– Absolument ! Je l’ai vu l’y mettre !
   L’officier s’approcha de Joël et lui demanda de fouiller ses poches. Joël s’arrêta, surpris. Les jumelles croisèrent les bras et attendirent.
– Veuillez fouiller vos poches jeune homme, répéta l’agent de la douane.
  Il vida les poches de son jean mais elles étaient vide. Il fouilla ensuite les poches de sa chemise. Celle de gauche était vide mais quand il mit sa main dans celle de droite, il toucha quelque chose de cylindrique et d’un peu mou. À sa forme, il devina ce que c’est. Il hésita à le faire sortir mais l’agent fit un pas de plus vers lui et il se ravisa. Il sortit le joint de sa poche, confirmant ses propres craintes.
– Ceci n’est pas à moi monsieur, j’ai été piégé.
– On t’a enfilé cette chemise de force ?
– Non.
– Alors je ne vois pas où est le piège ! Veuillez me suivre.
   Les jumelles pouffèrent de rire et se donnèrent un high five. Joël les foudroya du regard et suivit docilement l’officier.
– Venez avec nous mesdemoiselles, reprit l’agent en se tournant vers les jumelles qui s’arrêtèrent soudainement de rire. Ce n’est qu’une formalité.
    L’agent de la douane passa son bras sous celui de Joël et les guida vers une petite porte à leur droite.
   Ils se retrouvèrent dans une grande salle où tout était blanc. Seules une table et quatre chaises autour faisait tache dans cette blancheur.
– Vous ! Posez vos bagages sur la table et commencez à les défaire.
  Deux monsieurs en civil sortirent d’une petite porte au fond de la salle. L’un était de petite taille avec un ventre ballonné et l’autre grand et chauve. Tous deux portaient des badges indiquant qu’ils appartenaient à la cellule anti-drogue de l’aéroport.
– Laquelle de vous deux a signalé ce jeune homme ? s’enquit le plus grand.
   Alexine leva la main. Il lui tendit un papier.
– L’aéroport offre 100.000 FCFA à toute personne signalant la présence de drogue sur un quelconque passager.
    Les jumelles se regardèrent. Alexine prit le papier et le stylo et compléta les informations requises dessus.
   Elle reçut ensuite le chèque et sortirent de la pièce pendant que Joël continuait de sortir ses affaires de sa valise.

    Joël appela sa mère qui vint la sortir de ce piège tendu par les jumelles. Mais elle refusa de croire qu’il a été piégé. Et donc pour le punir, il annula son voyage et l’inscrivit au campus de Lomé au lieu de l’Université Cheick Anta Diop de Dakar.
     Albert rejoignit sa dulcinée en France et y continua ses études.
     Francine finit par trouver l’amour qu’elle cherchait tant.
    Mariam tomba enceinte de Joël et l’appela pour le lui annoncer.
    Jacqueline a eu enfin un mec avec qui elle passe le plus clair de son temps.
    Alexine décida de donner une chance à Rémi malgré la distance.
    Alexia s’étant endurcie resta seule jusqu’à ce qu’elle recroise Kendrick, son fameux rendez-vous dans un petit café pas loin de l’Université où elle suit des cours de droits.
    Enfin Joël continua à aller de fille en fille même après la naissance du petit garçon que lui a fait Mariam. Deux ans après, à la suite d’une soirée bien arrosée, il fut renversé par un chauffard et une lésion à la colonne vertébrale le priva de l’usage de ses deux jambes.

Paul Bernard AMGL

13 commentaires sur “Plan X 2.0 (Part XIV) (Fin)

  1. Toute les histoires ont une fin, mais celle la est très réussi, dommage pour Joël mais il n’a que ce qu’il mérite.
    J’aurais quand même aimer que les filles ce vengent mais la fin de l’histoire aurais encore plus « tragique »
    J’ai adorer !!
    Et tu écrit super bien 😘❤️

  2. Paul merci pour tes écrits … T’as été sévère envers joël je crois. Il n’a rien fait de grave quand même.. et carlos il devient quoi dans l’histoire??

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