Plan X 2.0 (Part VIII)

    Alexine était étendue sur le sol, inconsciente, une boîte de pilule vide à côté d’elle.
– Oh mon Dieu ! cria Alexia. Alexine !
   Elle se couvrit la bouche en découvrant sa sœur étendue sur le sol. Joël la contourna et s’agenouilla près d’elle. Il la porta dans ses bras et descendit rapidement les marches suivi de près par une Alexia toute en larmes. Joël la transporta jusqu’à la voiture et Alexia lui ouvrit la portière pour qu’il puisse l’allonger sur la banquette arrière. Elle contourna la voiture et s’installa près de sa sœur. Elle souleva sa tête et la posa sur ses cuisses. Joël passa la première et s’engagea dans la rue. Il accéléra encore plus en voyant la bouche écumée d’Alexine. Cinq minutes après il atteignit l’hôpital où l’avait emmené son oncle, quand il a eu son accident. Il se gara et porta Alexine jusqu’au portail et une infirmière accourut vers eux avec un brancard. Joël la coucha sur le brancard.
– Qu’est-ce qu’elle a ? demanda l’infirmière en poussant le brancard le rapidement possible.
– Elle…, elle…, bredouilla Alexia avant d’éclater en sanglots.
– Elle a essayé de se suicider en prenant des calmants, compléta Joël.
– Non non ! Dis-moi que c’est pas vrai ! Dis-moi que ma sœur n’a pas essayé de se suicider ! cria Alexia en martelant de coup de poing le torse de Joël alors que l’infirmière s’éloignait avec sa sœur.
– Attendez ici ! ordonna-t-elle, avant de franchir la porte qui menait à la réanimation.
– Calme-toi bébé ! Elle est entre de bonnes mains maintenant ! Il ne va rien lui arriver, lui répondit Joël en la serrant dans ses bras.
   Elle le serra très fort en pleurant.
– Ma sœur était heureuse ces jours-ci même si elle ne me parlait pratiquement plus. Pourquoi a-t-elle essayé de se suicider ? Pourquoi ?
– Calme-toi chérie, lui susurra Joël en la berçant.
   Une infirmière arriva vers eux.
– Vous avez amené un patient ?
– Oui, répondit Joël.
– Veuillez attendre dans cette salle s’il vous plaît et vous aurez bientôt les nouvelles de la personne que vous avez amené !
   Joël emmena Alexia dans la salle. Il sortit son téléphone et appela sa mère.
– Allô maman ?
– Oui chéri il y a un problème ?
– Oui Alexine, la jumelle d’Alexia a eu un malaise et on l’a emmenée à l’hôpital.
– Oh mon Dieu ! C’est grave ?
– On ne sait pas encore on attends le verdict du docteur.
– Vous êtes dans quelle hôpital ?
– Celle où j’ai été admis quand j’ai eu mon accident.
– J’arrive !
   La mère de Joël arriva une demi-heure plus tard. Elle se renseigna à la réception et rejoignit son fils et sa petite amie dans la salle d’attente. Dès qu’elle entra dans la pièce, sa première réaction fut de serrer Alexia dans ses bras et de la bercer.
– Ne t’inquiète pas ma fille il ne va rien lui arriver d’accord ?
– D’accord maman ! répondit Alexia en reniflant.
   Elle s’assit avec eux et ils attendirent patiemment le retour du docteur. Ce dernier, un homme de la cinquantaine aux tempes grisonnant vêtu d’une blouse blanche, arriva une heure plus tard.
– Vous êtes les parents d’Alexine Amorin ? demanda-t-il en entrant dans la pièce.
    Alexia se leva la première.
– Je suis sa sœur !
– Elle va mieux vous pouvez aller la voir !
   Joël et sa mère se levèrent à leur tour et ils sortirent tous les quatre dans le couloir.
– Vous êtes des jumelles ?
– Oui !
– C’est bien ! Vous êtes très belles toutes les deux.
– Merci docteur ! répondit Alexia avec un sourire timide.
– De rien Toi c’est ?
– Alexia !
– Vous avez aussi de très jolis prénoms.
   Alexia eut un sourire embarrassé.
– Où sont vos parents ?
– Ils passent les fêtes de fin d’année en France.
– Je vois. Ce qui veut dire que vous êtes seules à la maison toi et ta sœur ?
  Alexia opina du chef.
– Où voulez-vous en venir docteur ?
– Là où je veux en venir est que ta sœur ne doit pas rester seule. Si elle a tenté de se suicider, elle peut recommencer. Essaie de la faire parler et convainc la d’aller voir ce docteur.
   Il lui tendit une carte de visite et lui ouvrit la porte devant laquelle ils s’étaient arrêtés. Alexia prit la carte et entra dans la chambre. Joël et de sa mère attendirent un moment dans le couloir. Alexine était assise sur son lit, les yeux injectés de sang et une perfusion dans le bras. Alexia s’approcha d’elle et lui caressa le visage.
– Ça va mieux Lexie ? lui demanda-t-elle.
   Elle acquiesça d’un signe de tête et se mit à pleurer. Joël et sa mère entendirent le bruit et entrèrent dans la pièce.
– Tout va bien ? demanda cette dernière.
– Ils font quoi ici ? chuchota Alexine, contrariée.
– C’est grâce à lui si je t’ai amenée ici à temps ! répondit Alexia.
   Pour toute réponse, elle se contenta de se coucher et fit dos à ses invités.
– Elle va mieux ? demanda Marcelle en s’approchant du lit.
– Elle ne va plus mourir mais pour ce qui est d’aller mieux…
    Sa voix se brisa et elle réprima ses larmes. Elle s’essuya le visage. Le docteur frappa et entra dans la chambre.
– Elle va devoir passer la nuit ici ! Mais elle pourra rentrer dès demain matin.
– Si j dois passer la nuit ici alors je veux rester seule ! fit Alexine sans se retourner.
– Il n’en est pas question ! trancha sa sœur. Je vais rester ici jusqu’à ce que tu me dises ce qui t’a poussé à vouloir te suicider.
    Il y eut un silence gênant dans la salle.
– D’accord mais toi seule ! finit-elle par répondre avant de se coucher de nouveau.
   Le docteur sortit de la chambre suivi de la mère de Joël. Ce dernier s’approcha du lit et posa sa main sur l’épaule d’Alexine. Elle se raidit et retira violemment sa main, l’air dégoûté. Elle fit semblant de dormir jusqu’à ce qu’elle s’endorme pour de vrai. Alexia resta éveillée près d’elle pour surveiller sa perfusion. Quand elle arriva à son terme, Alexia alla chercher une infirmière pour la lui retirer. Elle se réveilla quand l’infirmière lui retirait l’aiguille du bras.
– J’ai envie de pisser, annonça-t-elle.
– Viens je t’aide, proposa Alexia.
   Elle emmena sa sœur dans les toilettes et la ramena après qu’elle eut pissée. Elle se recoucha et sa sœur vint s’asseoir à côté d’elle sur le lit.
– Qui m’a mis ce truc au poignet ? demanda-t-elle en regardant le bracelet de perle à son poignet.
– C’est Joël ! Il a dit que ça te portera chance ! répondit Alexia avec un sourire triste.
   Alexine arracha le bracelet de son poignet et le jeta à travers la pièce et fondit en larmes.
– Mais qu’est-ce qui ne va pas Lexie ? D’abord tu as essayé de te suicider et maintenant tu te mets à pleurer parce que Joël t’a offert un bracelet ? Tu te comportes bizarrement depuis que nos parents sont partis, tu as peur qu’ils ne reviennent plus ?
– Non ça n’a rien à avoir avec le départ des parents ! répondit Alexine entre deux sanglots.
– C’est quoi alors ? À moi tu as carrément refusé de me parler. Tu ne dors pratiquement plus à la maison. Les brefs moments que tu y passes c’est pour te changer et ressortir en vitesse comme si quelque chose dans cette maison te chassait. Jusque là je ne disais rien parce que tu semblais heureuse. Mais là je ne peux plus te laisser faire parce que tu as essayé de te mettre fin à tes jours. Non mais qu’est-ce qui t’a pris ? Tu veux me laisser seule ? Tu veux m’abandonner ?
   Alexia secoua frénétiquement la tête, plus pour chasser les visions horribles qui envahissaient son esprit que pour dire non à sa sœur.
– Si ce soir tu as tenté de te suicider c’est qu’il a dû se passer quelque chose de très grave alors je veux savoir quoi ! Et surtout ne me dit pas qu’il n’y a rien.
– Tu vas me détester si tu apprends ce que j’ai fait ! répondit-elle, en s’essuyant le visage.
– Je ne peux jamais te détester Alexine ! Tu es ce que j’ai de plus chère. Tu es mon autre moi, celle qui me comprends comme moi-même.
– Non je ne suis pas celle que tu décris parce que celle-là n’aurait jamais fait ce que j’ai fait.
   Elle soupira et baissa la tête.
– Je me demande comment j’ai pu te faire ça. Je ne me le pardonnerai jamais.
– Mais de quoi parles-tu Alexine ? s’enquit sa sœur, de plus en plus confuse.
    Elle la força à la regarder.
– Tu vas me dire ce qu’il y a à la fin ?
    Alexine étreignit sa jumelle et se remit à pleurer.
– Pardonne-moi Alexia ! Je ne voulais pas faire ça… Il m’a manipulée et moi je l’ai cru bêtement…
   Sa voix se brisa de nouveau et elle sanglota de plus belle.
– Mais de quoi parles-tu ? répéta sa sœur, plus confuse que jamais.
– J’ai couché avec Joël ! lâcha-t-elle d’une petite voix.
–  Rendors toi ! Les médicaments que tu as pris doivent toujours faire effet dans ton organisme.
– Je suis sérieuse Lexie !
– Tu délires complètement ! Rendors toi !
– Et pas qu’une seule fois…
– Qu… Quoi ? ! s’étrangla Alexia.
   Alexine se remit à pleurer à chaudes larmes.
– Je suis désolée Lexie ! répondit-elle. Il m’a raconté des tas de trucs et moi comme une bête, j’ai été dupe. Je ne sais pas ce qui m’a pris…
    Alexia ferma les yeux et une larme roula sur sa joue.
– Comment as-tu pu me faire ça ? Qu’est-ce qu’il a pu te raconter pour que tu doutes de moi ?
   Alexine secoua la tête, le visage baignée de larmes.
– Il m’a dit que tu l’avais détourné de moi. Que c’est à cause de toi si lui et moi ne sommes pas ensemble aujourd’hui. Et il m’a fait écouter une partie d’une note vocale… Je suis tellement conne que je l’ai cru…
– Mais comment as-tu pu croire ça de moi ? Moi qui ne cherchais que ton bonheur. T’ai-je déjà nuie par le passé ?
   Alexine secoua de nouveau la tête sans pouvoir prononcer mot. Une autre larme roula sur la joue d’Alexia et elle l’essuya du revers de la main. Elle sortit son téléphone et regarda l’heure. Il était 4h37.
– Tu as préféré faire confiance à un mec plutôt qu’à moi c’est ça ? J’espère qu’il pourra le sentir lorsqu’il t’arrivera quelque chose. J’espère qu’il sera là pour toi à chaque fois que tu auras besoin de lui. Parce que moi, ta conne de sœur, je me tire.
   Elle se leva, ramassa son sac à main et sortit de la chambre.
    Alexine pleura de plus belle.
– Je suis désolée Alexia ! Je ne voulais pas te faire ça…
    Mais Alexia était déjà loin. Elle passa à la réception pour payer les soins de sa sœur mais la mère de Joël s’en était déjà chargée. Elle sortit de l’hôpital et s’assit au bord de la chaussée, la tête entre les mains. Elle essuya ses larmes, toujours choquée par ce que sa jumelle avait fait. Elle se leva et se marcha le long du trottoir en essayant de garder la tête froide. Trente minutes après alors que le ciel s’éclairait de plus en plus, une voiture la dépassa à toute allure. Elle revint quelques secondes après en marche arrière et s’arrêta à son niveau. Alexia s’éloigna à grands pas, croyant qu’elle allait se faire draguer de si beau matin.
– Alexia ! cria Jenna en sortant de la voiture.
    Alexia se retourna, reconnaissant la voix de son amie.
– Où vas-tu si tôt le matin ? demanda-t-elle, en s’essuyant le visage.
– Je raccompagne Albert chez lui, répondit Jenna en désignant la voiture.
    Albert descendit à son tour.
– Et toi d’où sors-tu comme ça ? Et puis pourquoi tu pleures ?
   Alexia essaya de répondre mais éclata en sanglots. Jenna la serra contre elle et lui tapota doucement le dos.
– Je viens de l’hôpital, fit-elle, une fois qu’elle fut calme. Alexine y a passé la nuit et elle y est toujours.
– Elle a quoi ? intervint Albert, soudain inquiet.
– Va lui demander. Chambre 18.
   Elle s’écarta de Jenna et tourna les talons. Cette dernière la retint par le bras.
– Qu’est-ce qui ne va pas ?
– Rien d’important. Je veux juste rentrer chez moi. La nuit a été longue.
– D’accord mais tu ne comptes quand même pas rentrer à pied n’est-ce-pas ?
– Je trouverai un taxi !
– Non attends je te dépose et après je reviens voir Alexine, proposa Jenna.
– D’accord mais ne compte pas sur moi pour te dire quoi que ce soit.
– Tant que tu me laisses te ramener à la maison ça me va, répondit Jenna en lui souriant.
– Bon l’hôpital n’est qu’à quelques mètres d’ici alors je peux m’y rendre à pied, annonça Albert.
– D’accord à toute à l’heure alors ! lui répondit Jenna avec un sourire malicieux qu’Alexia ne manqua pas.
    Elle se contenta de contourner la voiture et s’assit sur le siège passager. Jenna s’assit derrière le volant et démarra.
    Une fois devant chez Alexia, cette dernière descendit sans un mot. Elle monta directement dans sa chambre, se déshabilla et entra sous la douche. Là elle pleura toutes les larmes de son corps et quand elle fut plus calme, elle sortit et se sécha. Elle enfila un peignoir et descendit à la cuisine se chercher un truc à grignoter. Et pour la première fois depuis le début de la journée, elle se mit à penser à ce qu’elle peut faire pour se venger de Joël. Elle remit à plus tard ses réflexions et se fit un petit déjeuner.
    Une heure de temps après, alors qu’elle essayait en vain de trouver le sommeil, elle entendit du bruit en bas et sortit. Elle descendit et retrouva sa jumelle, Joël, Jenna et Albert dans le salon. Elle traversa la petite foule et sauta au cou de son mec pour l’embrasser.
– Alexia ? ! s’exclama sa sœur, n’en croyant pas ses yeux.

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