Plan X (Part XXXII)

     Elles restèrent là attendant que leurs parents disent quelque chose.
– Allez nous attendre au salon ! Il faut qu’on parle ! décréta leur père.
– Oh oui il faut vraiment qu’on parle ! ironisa Alexine une fois dans le couloir.
     Elles se regardèrent puis éclatèrent de rire, à la fois choquées et ravies par ce qu’elles venaient de voir. Elles s’installèrent sagement au salon en attendant que leurs parents les rejoignent. Ces derniers ne tardèrent pas. Leur père en débardeur et short, leur mère en robe de chambre. Ils vinrent s’asseoir en face de leurs enfants. La gorge nouée par l’émotion, Alexia ne pût retenir ses larmes en voyant son père. Alexine, quant à elle, ne trahissait aucune émotion.
– Alexia qu’est-ce qui ne va pas ? demanda son père en voyant sa fille en larmes.
– C’est rien papa ! répondit-elle en s’essuyant le visage. C’est juste que le fait de te revoir dans ce salon, en short et débardeur m’a rappelée à quel point tu nous as manqués.
     Elle éclata en sanglots et se leva pour serrer son père contre elle. Celui-ci la prit dans ses bras et la berça tout doucement, ce qui la fit pleurer de plus belle. Johanna, les larmes aux yeux, regardait sa fille et son père, debout au milieu du salon à se dandiner doucement comme s’ils dansaient du zouk. Elle se tourna vers Alexine, exaspérée par son étrange absence d’émotions.
– Alexine ! appela sa mère.
    Elle lui fit un signe de tête lui signifiant de se joindre à sa sœur.
– Viens là ma petite rebelle ! dit son père en lui tendant la main.
    Elle se leva et avança timidement vers son père. Ce dernier la serra contre lui et Johanna se joignit à eux.
– Les enfants ! On vous doit des explications votre mère et moi. Asseyez-vous !
      Elles obéirent et leur mère fit de même.
– Comme vous avez pu le remarquer – il se racla la gorge – votre mère et moi avions décidé de nous donner une nouvelle chance ! On va de nouveau pouvoir former une famille comme avant !
– Maman voit déjà quelqu’un d’autre ! lança Alexine. Je les ai vus s’embrasser hier devant la maison !
– Si tu ne t’occupais pas autrement tu aurais pu voir le visage de ton père ! répliqua sèchement sa mère.
     Elles se défièrent du regard.
– Et voilà c’est reparti entre vous deux ! Alexine c’était bien moi hier soir. Et apprends à bien parler à ta mère sinon tu auras affaire à moi.
– Et la mère de Roland ? Tu vas la plaquer elle aussi ? demanda Alexine à brûle-pourpoint.
– Je n’habite même pas là-bas ! Elle m’a fait un enfant c’est tout.
– Quoi ? ! s’exclama Alexine, n’en croyant pas ses oreilles. Mais et les dîners de vendredi ?
– C’était les seules fois où je vous voyais tous les trois. Et puis ce n’est pas elle qui prépare, je commande toujours le dîner. Elle n’est bonne qu’à se peindre les ongles et à réclamer de l’argent soit disant pour les besoins de son fils.
– Et le monsieur avec qui tu es sortie l’autre nuit maman ? intervint Alexia.
– C’est mon nouveau chauffeur Alexia ! répondit son père. Je comprends que vous soyez sur la défensive mais faites-nous confiance mes chéries, on sait ce qu’on fait et on fera tout ce qui est en notre pouvoir pour ne plus jamais vous décevoir.
– Ah oui ? ! répondit Alexine sur un ton provocateur.
– Attends un peu que je te mette la main dessus et on verra jusqu’où va ta rébellion, dit son père en poursuivant sa fille qui se mit à courir sous les rires d’Alexia et de leur mère.
       Au bout d’un moment François s’arrêta, essoufflé.
– C’est bon tu as gagné, décréta-t-il. Maintenant allez-vous changer toutes les deux.
      Alexine éclata de rire et monta les marches quatre à quatre. Alexia la suivit mais plus lentement, heureuse de la surprise que leur avait réservé leurs parents.
– Chérie fais nous un truc à manger j’ai faim !

     Une fois en haut des escaliers Alexine attendit que sa soeur la rejoigne.
– Je voulais te parler Alexia !
– Oui justement tu voulais me parler de quoi ?
– Regarde-les, répondit Alexine en montrant du doigt leurs parents qui s’embrassaient au milieu du salon. Tu ne trouves pas tout ça un peu bizarre ?
– Arrête d’être aussi paranoïaque Alexine ! S’ils se sont remis ensemble c’est parce qu’ils ont compris quelque chose et qu’ils veulent réparer les choses.
     Elle entra dans sa chambre mais Alexine, ne voulant pas lâcher l’affaire, la suivit.
– Donc tu trouves ça normal que nos parents agissent comme si ces cinq dernières années n’ont jamais existé ?
– Quand il y a l’amour tout est possible ! Et ils se revoyaient depuis un bon bout de temps. Même si c’est du feu de paille, ce qui n’est pas du tout le cas, essaie d’en profiter le temps que ça dure.
     Elle se déshabilla pour se diriger vers la douche. Sa soeur lui pinça les fesses.
– Il en a de la chance Joël, dit-elle pour changer de sujet. Vous avez fait quoi hier ? Raconte-moi tout.
     Elle s’assit au bord du lit et se frotta les mains, avide de détails.
– Plus rien après ton intervention surprise ! On ne t’a pas appris à frapper et à n’entrer que sur invitation ?
– La porte était entrouverte, c’était comme si elle me disait « Vas-y entre Alexine, tu es ici chez toi ! »
– C’est le cas ! Mais prochainement je fermerai à double tour. Maintenant va te changer et on descend nous chercher un truc à manger.
                              *         *
                                   *
    Joël sortit son téléphone et composa le numéro de Francine. Celle-ci décrocha après la troisième sonnerie.
– Salut Francine !
– Bonsoir Joël !
– Tu n’étais pas en cours ce matin et je voulais m’assurer que tout va bien.
– Ah oui ! J’étais chez mon gynéco dès le matin.
– Alors ?
– Alors quoi ?
– Il a dit quoi ?
– Au fait je ne lui ai rien dit !
– Mais pourquoi ? s’emporta Joël.
– Parce que c’est une amie proche de la famille et que je n’ai pas envie que mes parents apprennent que je suis venu passer des tests de grossesse.
– Mais voilà la solution ! s’exclama-t-il, soudain. Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt !
– Que mes parents l’apprennent ? Tu es fou ou quoi ? Tu veux que je me fasse tuer ?
– Non je te parlais des tests de grossesse ! Ceux qu’on vend à la pharmacie.
– Ah oui c’est vrai ! Je n’y avais pas pensé non plus. Je vais en chercher tout de suite ! dit-elle en raccrochant.
– Tiens-moi au courant ! se dépêcha de dire Joël avant qu’elle ne raccroche.
     Il soupira puis sortit rejoindre sa soeur qui parlait avec leur père sur Skype dans le salon.
– Joël papa dit qu’il va rentrer pour Noël, cria Jacqueline avec enthousiasme dès que son frère entra dans la pièce.
– Il est toujours en ligne ? demanda Joël en se hâtant de rejoindre sa sœur.
– Non il a dit qu’il va rappeler ce soir pour parler avec maman ! répondit Jacqueline. Mais ne t’inquiète pas je lui ai parlé de ton téléphone ! ajouta-t-elle
– Ah bon ?
– Oui et il me l’a même montré !
– Toi tu es un ange, dit Joël en faisant un bisou à sa sœur. Toi tu as demandé quoi ?
– Des rosh run ! dit sa sœur avec fierté.
– Très bon choix ! Tu as vraiment du goût ! la complimenta Joël. Ça te dirait un de mes plats spéciaux ?
– Oh non ! s’exclama vivement Jacqueline. La dernière fois que j’ai mangé un de tes plats bizarres, je ne suis pas beaucoup sortie des toilettes pendant les trois jours qui ont suivi.
      Joël voulut se défendre mais la sonnerie du portail l’interrompit avant même qu’il n’ait pu commencer.
      Il sortit ouvrir le portail pendant que sa soeur pianotait joyeusement son clavier.
– Euuh…, fit-il en essayant de se rappeler le nom de la fille.
– Jessy ! répondit la fille, agacée.
– Oui voilà Jessy ! Alors tu veux quoi ? demanda Joël, ignorant son air agacé.
– Je voulais te voir !
– Tu as une nouvelle dent ? C’est jolie ! Ça t’a coûté combien ?
– Je ne suis pas là pour ça Joël ! répliqua-t-elle sèchement.
– Tu veux me voir pourquoi ? demanda Joël en s’adossant au portail.
     Elle fit un pas vers Joël.
– Parce que je n’ai toujours pas oublié à quel point tu m’as mise bien, répondit-elle d’une voix plus douce cette fois-ci. Et j’ai envie de recommencer.
     Elle se mit à caresser le torse musclé de Joël à travers son T-shirt. Elle enfonça ses doigts manucurés dans la poitrine de Joël qui la laissa faire.
– On pourrait monter dans ta chambre et partager ce plaisir !
– C’est vrai que tu as été un bon coup, répondit Joël sur le même ton.
     Elle se mit sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Joël détourna sa tête.
– Joue pas ton timide Joël ! Je sais que tu en as envie ! Autant que moi ! Si j’ai été un bon coup alors pourquoi essaies-tu de me résister ?
     Joël se laissa gagner, pendant un court moment, par la tentation. Il lui caressa la lèvre inférieure avec son pouce puis retira vivement son doigt comme s’il avait été brûlé.
– Arrête de résister Joël ! Laisse-toi aller, dit-elle en essayant de mettre sa main dans le pantalon de Joël.
     Ce dernier la retint. Elle tenta de nouveau de l’embrasser mais il détourna de nouveau sa tête et la repoussa doucement mais fermement.
– Tu as été un bon coup j’avoue mais je ne crois pas que ma petite amie apprécierait cette idée, dit Joël en montrant d’un signe de tête la voiture d’Alexia qui venait de se garer.
       Alexine sortit la première suivie ensuite d’Alexia.
– Alexia ! s’exclama Joël en la voyant sortir du véhicule. Je parlais justement de toi à Jessy !
     Il lâcha les mains de Jessy qu’il retenait toujours.
– Ne te fatigue pas Joël, répondit froidement Alexia en fixant Jessy d’un air méprisant.

Paul Bernard AMGL ✌

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