Plan X (Part XXII)

    Joël se retourna vivement, espérant que la voix ne soit pas celle qu’il croit. À sa grande surprise c’était Mariam, la fille avec qui il avait rendez-vous le weekend suivant. Il lui sourit timidement et lui fit un signe de main. Elle s’approcha à grands pas.
– Je croyais que tu n’étais pas libre avant ce weekend, s’indigna-t-elle à mi-chemin de la table de Joël.
     Joël attendit qu’elle soit à portée de voix pour répondre.
– Comme tu peux le voir je n’ai pas vraiment le temps, répondit Joël en jetant un regard aux tables voisines pour s’assurer que personne ne les regardait.
– Non mais tu te prends pour qui ? cria-t-elle.
      Un moment de silence suivit sa question et tout le monde regardait dans leur direction en murmurant des injures.
– On peut aller parler dehors ? suggéra Joël en jetant un coup d’oeil furtif à sa soeur et à Alexia qui fixaient Mariam.
– Non ! répliqua Mariam sans baisser de ton. Je ne bougerai pas d’ici tant que tu ne m’auras pas dit qui sont ces filles et ce que tu fais ici avec eux.
        Joël, hors de lui, se leva voulant la gifler mais se ravisa en remarquant qu’ils étaient l’attraction principale du restaurant.
– Tu t’apprêtais à faire quoi ? Me gifler ? demanda Mariam, les poings sur la hanche.
– Venez on part d’ici ! dit Joël, furax.
– Non Joël attends ! répondit Alexia en se levant.
      Elle posa ses mains sur la table et prit une profonde inspiration.
– Mademoiselle ! dit-elle à l’égard de Mariam. Vous avez quoi ? ! La trentaine ? ! Et vous vous apprêtez à faire une scène parce qu’un garçon de 18 ans, que vous désirez, passe une soirée avec sa famille ? Vous imaginez un peu à quel point vous êtes ridicule ? Trouvez-vous plutôt un homme de votre âge et casez-vous pendant qu’il est encore temps parce que vous commencez à vous faner.
      Mariam leva la main pour la gifler mais Joël la retint.
– Elle n’a fait que te dire la vérité Mariam, renchérit Joël. Je n’ai aucune envie de sortir avec toi alors trouve-toi quelqu’un de ton âge.
       Mariam n’en crut pas ses oreilles.
– Comment oses-tu la soutenir ? s’indigna-t-elle.
– Simplement parce qu’elle dit la vérité, répondit calmement Joël en haussant les épaules.
      Enervée, Mariam quitta la table pour aller rejoindre ses amies à l’autre bout de la salle.
– Venez les filles on se tire d’ici ! siffla-t-elle entre ses dents.
       Ses trois amies, toutes plus jeunes qu’elle, se levèrent comme une seule personne. Alexia sourit avec satisfaction quand elle lui jeta un regard noir avant de sortir du restaurant.
– Désolé pour cet incident et merci Alexia ! s’excusa Joël en souriant tristement.
– C’est votre soirée et cette pimbêche allait la gâcher pour rien ! Je ne pouvais pas la laisser faire ! répondit-elle en serrant la main de Jacqueline.
      Cette dernière, qui n’avait pas ouvert la bouche jusque là, sourit timidement.
– Merci beaucoup c’est vraiment gentil ! dit-elle en lui rendant son étreinte.
– Il n’y a vraiment pas de quoi ! répondit Alexia.
       Ils reprirent leurs repas en silence. Alexia et Joël se jetaient régulièrement des regards en biais et se souriaient. Ils finirent ensemble leurs plats et se mirent d’accord pour aller prendre leur dessert ailleurs.
– Où voulez-vous qu’on aille ? demanda Joël en regardant les filles.
       Alexia à son tour se tourna vers Jacqueline.
– C’est ta soirée alors c’est à toi de décider Jacqueline, dit-elle avec un sourire bienveillant.
– Festival des glaces alors ! déclara Jacqueline en levant les mains d’un air solennel.
       Joël fit signe au serveur qui accourut tout de suite. Il régla l’addition en lui laissant un bon pourboire. Ils quittèrent ensuite le restaurant et se dirigèrent vers son parking. Tout les trois s’arrêtèrent net en voyant leur voiture. Joël sortit le premier de sa stupeur et avança doucement vers la voiture pour constater les dégâts. Il fit le tour de la voiture en l’inspectant minutieusement.
      La vitre du côté du chauffeur avait été cassée, la peinture rayée sur tout le long de ce côté là, un grand coeur dessiné au rouge à lèvres sur la pare-brise et de part et d’autres du coeur le nom Joël et de Mariam.
       En gros rien de bien grave mais l’état de la voiture reste choquant. Jacqueline parla la première.
– Cette femme est vraiment flippante ! s’exclama-t-elle, terrifiée.
– Une vraie folle-furieuse ! renchérit Alexia, la bouche légèrement entrouverte sous le choc.
– Joël ! Que vas-tu dire à maman ? s’enquit Jacqueline, inquiète.
– La vérité ! répondit Joël en soupirant. Ce n’est rien de bien grave elle comprendra mais cette fille doit recevoir une bonne leçon. Continuons notre soirée je m’occuperai d’elle en temps voulu.
     Joël alla ouvrir le capot arrière et en sortit une brosse avec laquelle il balaya les débris de verre tombés sur le siège du chauffeur. Il remit la brosse à sa place et revint s’asseoir derrière le volant. Il alluma le contact et activa l’essuie-glace qui essuya tant bien que mal le rouge à lèvres de la pare-brise. Quand il éteignit l’essuie-glace, l’alarme du véhicule se déclencha et il dut la désactiver sur la commande.
– C’est bon on peut y aller ! dit-il enfin en passant sa tête par la vitre cassée.
      Les filles montèrent dans la voiture et Joël démarra sans attendre. À peine sortirent-ils du parking qu’il remarqua la conductrice de la petite Golf jaune qui venait de démarrer en trombe en les voyant. Alexia, assise cette fois-ci à côté de Joël, suivit le regard de Joël et vit elle aussi la voiture. Elle comprit en un éclair ce qu’il avait l’intention de faire.
– Non s’il te plait laisse-la partir pour le moment, supplia Alexia.
      Mais Joël s’était déjà lancé à la poursuite de la folle-furieuse qui venait de vandaliser la voiture de sa mère. Il la poursuivit pendant un moment à travers la ville puis Mariam bifurqua dans la rue à côté du lycée Notre Dame des Apôtres croyant avoir semé Joël. Elle regarda derrière elle pour s’assurer qu’elle n’était plus poursuivie puis ralentit sa course. Sa copine se mit alors à la féliciter pour sa conduite quand soudain Joël bifurqua à son tour dans la rue et accéléra pour leur faire une queue de poisson. Mariam freina brusquement et elles faillirent être projetées hors du véhicule mais elles avaient attaché leurs ceintures. Joël coupa le moteur et descendit de la voiture Alexia et Jacqueline sur les talons. Joël alla ouvrir le capot arrière, souleva le tapis et en sortit une grosse clé plate.
– Que comptes-tu faire avec cette clé Joël ? s’enquit Jacqueline, inquiète.
– Devine un peu ! répondit-il en fermant le capot.
– Tu nous as dit tout à l’heure que tu t’en occuperas en temps voulu donc s’il te plait laisse-la partir, supplia Jacqueline.
      Joël, imperturbable, se dirigea d’un pas résolu vers la voiture de Mariam.
– Joël écoute ta soeur pour l’amour du ciel, intervint Alexia. Tu ne vas réussir qu’à t’attirer des ennuis.
      Mariam, toujours choquée par la queue de poisson que venait de leur faire Joël, n’osait pas sortir de la voiture. En voyant Joël sortir une clé de sa voiture, elle comprit ce qu’il avait l’intention de faire. Saisie de panique, elle essaya de démarrer sa voiture pour fuir en marche arrière mais ses sens refusèrent de lui obéir. Terrifiée, elle poussa un cri de bête prise au piège.
       Quand Joël s’apprêtait à assaillir de coups la voiture de Mariam, une troisième voiture s’engagea dans la rue et vint s’arrêter pile devant Joël. Les deux autres filles qui étaient au restaurant avec Mariam descendirent du véhicule accompagnées de deux hommes, nettement plus vieux et plus baraqués que Joël, tous deux en jean et chemises à manches longues.
– Il se passe quoi ici ? demanda l’un des deux hommes.
      Joël le foudroya du regard mais le gars ne semblait pas le moins du monde impressionné pas le regard de Joël.
– Joël viens on s’en va, dit doucement Alexia en le tirant par le bras.
– Non elle doit payer pour ce qu’elle a fait à ma voiture ! trancha Joël, plus déterminé que jamais.
– Joël ? appela alors le deuxième homme. Joël c’est moi Firmin !
      Joël se détendit un peu en entendant cette voix familière.
– Firmin ? Le grand frère d’Albert ? demanda Joël n’arrivant pas à distinguer le visage de Firmin à cause des phares braqués sur son propre visage.
– Oui c’est bien moi, répondit Firmin.
     Il vint se placer devant Joël.
– Tu es rentré depuis quand mec ? demanda Joël changeant brusquement d’humeur en voyant son ami.
– Depuis hier ! Albert ne t’a rien dit ?
– Non non ! répondit Joël.
     Firmin s’approcha et ils se donnèrent une accolade.
– C’est quoi le problème avec Mariam ? s’enquit-il enfin en montrant Mariam qui était descendue de sa voiture.
– Je suis au restaurant avec ma famille – il montra de la main sa soeur et Alexia, qui se tenaient derrière lui – et madame vient faire un tapage parce que je lui ai dit ce matin qu’on ne peut pas se voir elle et moi avant samedi. Alexia l’a remise à sa place et elle est partie vandaliser la voiture de maman. Donc je m’apprête à lui rendre la monnaie de sa pièce.
      Firmin sourit après le récit de son jeune ami.
– Ça ne sert à rien man ! Il ne faut pas répondre à la violence par la violence.
– Tu devrais lui apprendre ça ! s’indigna Joël en enfonçant son doigt dans la poitrine de Mariam, pile au milieu de son décolleté.
     Mariam frissonna au contact du doigt de Joël avec ses seins. Elle ferma les yeux un moment avant de se ressaisir. Le deuxième homme qui accompagnait les deux amies de Mariam intervint alors.
– Je peux voir l’étendue des dégâts ? demanda-t-il.
      En guise de réponse, Joël lui indiqua la vitre cassée et la peinture rayée.
– Je vois, dit-il en sortant son portefeuille. Tiens voici ma carte ! Appelle-moi demain et je te la ferai réparer.
      Joël prit la carte que lui tendait le monsieur.
– À bientôt Firmin ! Venez les filles on y va ! dit-il en se tournant vers sa soeur et Alexia.
      Ils remontèrent tous les trois dans la voiture. Joël soupira bruyamment et se tourna vers sa soeur qui était assise derrière Alexia. Il lui tendit la main. Jacqueline hésita un moment puis la saisie.
– Je suis désolé pour tout ceci d’accord ?
– C’est pas de ta faute ! répondit Jacqueline en adressant un sourire triste à son frère. Tu ne pouvais pas savoir qu’elle serait dans ce restaurant.
– Ou que c’est une folle-furieuse ! ajouta Alexia en pointant du doigt la vitre cassée.
– Toujours partantes pour ce dessert alors ?
– Ouiii ! répondirent les filles en choeur.
– Alors on y va ! dit-il en mettant le contact.

Paul Bernard AMGL ✌

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