Chronique d’une Togolaise tombée enceinte à 18 ans (Part XXXI)

Le mercredi il se pointa chez Claude comme prévu. Ils passèrent l’après-midi à discuter puis vers 19h Claude lui dit
– Ecoute. J’ai un truc pour toi. J’ai besoin de toi sur un coup.
– Pas de problème! De quoi s’agit-il?
– Tu connais la bijouterie au coin de la 17e?
– Oui oui je passe par là pour aller au boulot. Enfin quand j’en avais un.
– Elle est à moi
– Et c’est là-bas que vous allez me faire travailler? Gabie ne va pas me croire quand je lui raconterai ça. J’ai trop hâte.
– Au fait il ne s’agit pas exactement de ça.
– Oh! Il s’agit de quoi alors? demanda-t-il un peu déçu.
– Je veux que tu m’aides à la cambrioler, répondit-il calmement.
– Mais vous venez de me dire qu’elle est à vous.
– Oui je sais.
– Pourquoi la cambrioler donc? Et puis qu’est-ce qui vous dit que je serai partant?
– C’est assez simple. J’ai installé un nouveau système de sécurité et fait engager de nouveaux vigiles. J’ai envie d’y faire un petit test.
– Ah ça ce sera sans moi!
– C’est sans risque Edmond. Je viens de te dire qu’elle est à moi cette bijouterie.
– Oui justement. Au fait je t’ai pas dit Barack Obama c’est le benjamin de mon frère.
– Prouve-le.
– Prouve-moi d’abord que la bijouterie est à toi.
– Attend
         Il se retira dans sa chambre et revint une minute après avec les papiers attestant que la bijouterie lui appartenait.
– Alors tu me crois maintenant?
– Mais pourquoi tu m’as choisi moi?
– Parce que je sais que tu es quelqu’un de bien et d’honnête
– Oui mais ton coup je le sens pas trop. Faut que j’en parle à Gabie d’abord.
– Elle ne sera jamais d’accord que tu fasses ça.
– Alors ça n’en vaut pas la peine. Laisse tomber. Je veux un travail réglo.
– Je te paierai ce que tu veux Edmond.
– Ah ouais!
– Je te l’ai proposé parce que tu m’as dit avoir besoin d’argent mais si tu ne veux pas tant pis. En même temps ce n’est pas la mère à boire. Et la police est au courant de la manœuvre donc tu crains rien.
– Et je ne peux pas y réfléchir?
– Si tu veux. Tu as jusqu’à demain pour te décider.
– D’accord. Demain je te ferai signe pour te dire ma décision. Bon j’y vais. J’ai pas dit à Gabie où j’allais et elle va commencer à s’inquiéter.
– D’accord passe lui le bonsoir si c’est possible.
– On verra bien. Passez une bonne soirée.
– Bonne soirée Edmond.
              Il sortit et rentra chez lui. Il y trouva Gabie qui l’attendait
– Tu étais où depuis?
– Désolé j’étais sorti.
– Oui ça je sais mais tu étais où?
– Chez des potes bébé
– Et pourquoi tu as éteint ton téléphone?
– Mon téléphone est déchargé.
– Ah d’accord. Je t’ai fait à manger. Attend je te le réchauffe.
       Elle se dirigea vers la cuisine et il la suivit. Elle mit le plat dans le micro-onde et attendit un moment.
– Je croyais qu’on devait chercher un boulot ensemble?
– Oui bébé mais les gars m’ont pas lâché. Ils ont tellement insisté que j’ai cédé.
– Les gars ne t’ont pas lâché? Où étaient « les gars » quand tu étais assis là à déprimer parce qu’on t’avait licencié? Où étaient « les gars » quand on passait nos matinées ici à te chercher un emploi? Où étaient « les gars » quand j’étais là à te faire à manger?
– Désolé bébé je sais que j’aurais dû te dire avant mais mon téléphone était déchargé. Je m’excuse sincèrement. Pardonne-moi bébé.
          Pour toute réponse Gabie prit son sac et s’en alla claquant furieusement la porte derrière elle avant même qu’Ed n’eut le temps de réagir. Il soupira longuement et resta là assis devant son plat sans y toucher. Il sortit son téléphone pour appeler Gabie mais se ravisa. Elle devait être encore en colère donc il était préférable de l’appeler demain matin ou de lui faire une petite surprise. Il alla se coucher sans toucher à son plat mais ne trouva pas tout de suite le sommeil. Il se posait des questions. Devrait-il accepter l’offre de Claude? Devrait-il le dire à Gabie pour savoir ce qu’elle en pense? Non s’il lui disait elle s’inquièterait pour rien. Il ne savait plus quoi penser. Il envoya un texto à Gabie pour lui souhaiter une bonne nuit.

 Paul Bernard AMGL ✌

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